TRUUS BRONKHORST
Truus Bronkhorst s'est un
jour présentée comme " danseuse, d'origine et par passion
".Rien d'exagere a cela, car elle se donne entièrement a la danse
et travaille toujours d'instinct. Depuis vingt ans déjà, elle
décrit des sentiments et des pensées par des gestes amples et
des pas de danse sereins. Elle perpétue, a sa manière a la fois
personnelle et bien ancrée dans la présent, la tradition des grands
expressionnistes modernes de la danse. Il faut savoir qu'elle a opte pour l'expressionnisme
a une époque ou celui-ci était tabou et ou la danse postmoderne
connaissait son heure de gloire. Elle démontrait par la même occasion
qu'elle n'hésitait pas a fronder et a affirmer sa personnalité.
Sa réputation de non-conformiste dans la danse reste entièrement
justifiée aujourd'hui.
Très tôt, Bronkhorst a pu faire connaissance avec une forme de
danse moderne qui l'accrochait. Koert Stuyf lui a enseigne la recherche de l'essentiel
dans le mouvement, Edinoff la magie de la prestation sur scène. Elle
a ensuite appris chez Dansproductie le métier de danseuse et de chorégraphe
Au début des années 80, elle exerce son art dans les cercles bohèmes
des squatters et dans la vie nocturne des illégaux que Joost Zwagerman
décrit dans son roman GIMMICK. Elle abandonne ses peu avouables performances
pour les tréteaux du SHAFFY THEATER. Le metteur en scène Rob Malasch
la met sur la voie des représentations en solo. Elle crée personnellement
une série remarquée : après TRUUS BRONKHORST IN CONCERT
et TRUUS BRONKHORST DANST BRONKHORST TRUUS, elle effectue sa véritable
percée avec LOOD (Plomb), qui sera suivi de GOUD (Or) et BLOED (Sang).
Dans ces pièces, elle apparaît sous les traits d'une énigmatique
mystique et d'une geisha orientale, d'une reine et d'une heroique prostituée,
d'un chevalier et d'un bouffon. Le tout en utilisant des accessoires simples
qui deviendront des constantes de sa symbolique : un ballon noir symbolisant
le poids de l'existence qui se soustrait cependant a la pesanteur, un fusil
comme instrument macho, des plumes de paon en guise d'emblème de la séduction
féminine, un miroir servant a la fois d'accessoire du ballet et de symbole
de l'introspection. La panoplie est complétée par les tons de
noir, rouge et blanc et par les poses du Christ en croix, de la descente de
croix et de la pietà.
Les soli exposent l'amour, la souffrance, les désirs inassouvis, la solitude,
la mort. Bien qu'elle les aborde explicitement dans sa perspective de femme,
elle sait donner a sa représentation de ces thèmes une portee
universelle. Ces graves questions existentielles l'amènent a friser le
pathos, mais l'ironie prend le dessus : en regard d'une émotion profonde,
l'artiste réussit a ménager un espace a une franche hilarité.
Et les caractéristiques de son style resteront une ample gestuelle mélodramatique
et un parti pris de provocation.
Elle s'est imposée d'amblée par sa grande présence sur
scène. Très démonstrative. Elle entraîne irrésistiblement
les spectateurs. Mais ses mouvements classiques sobres, poses clairement dans
l'espace de façon repetee, confèrent a ses évolutions une
aura de beauté pure. Un minutage sans faille et la clarté limpide
des transitions ajoutant encore a l'enchantement. Elle fera davantage encore
apprécier son talent avec ses compositions pour groupe, dans lesquelles
Marien Jongewaard sera de plus en plus implique. L'apport de ce dernier est
déjà manifeste dans ZWARTE BLOESEM (fleur noire), ou la danseuse,
qui a alors quarante ans, est encadrée de trois jeunes hommes noirs.
Ce trio exécute ,sur fond d'étoiles et de rayures noires, un jeu
hardi opposant Blanc et Noir, age mur et jeunesse, femme et homme. La subtilité
de l'intention sexuelle sous-jacente s'y double d'un commentaire politique,
explicite celui-la, avec les braillements de Mussolini et le pamphlet d'Archie
Shepp sur la notes de jazz de MAMA ROSE.Cette prise de position contre l'inégalité
entre hommes et femmes, riches et pauvres, Noirs et Blancs et contre le cote
superficiel et la prétendue supériorité de la société
occidentale va jouer un rôle plus important encore dans les pièces
pour groupe qu'elle réalise ensuite et ou Jongewaard va être coscénariste
et dramaturge. WONDERFUL WORLD, GOODBYE BODY et TRUUS BRONKHORST,MARIEN JONGEWAARD
…AND FRIENDS sont des créations cyniques par le ton et austères
par la forme. Elles provoquent aussi un choc frontal en mettant l'accent sur
la brutalité physique de l'affrontement des hommes entre eux, comme le
montre par exemple un duo dans lequel Jean- Louis Barning et Jakob Nissen se
rouent mutuellement de coups. Rétrospectivement, on voit que cette trilogie
avec le volet des hommes
1,2,1234 annonçait THE FALL, SOUL et MONGOOLSE DANSEN (danses mongoles).
Dans ces dernières pièces pour groupe, Bronkhorst et Jongewaard
rétablissent l'équilibre entre le beau et le dramatique. Le comportement
masculin est expose de manière deliberement exagérée dans
tout ce qu'il comporte de bravoure, de susceptibilité, de vanité,
de tendresse avec un zeste d'érotisme homo. Ces pièces pourraient
tout aussi bien illustrer la révolte contre les foyers de violence existant
dans le monde. Ce qui surprend, c'est la place considérable qu'y occupe
la danse pure. Les parties longues tirent leur force de la répétition
de figures et de compositions de groupe qui portent l'empreinte du classicisme
clair d'un Hans van Manen.
La simplicité scénographique demeure une caractéristique
essentielle de toute l'œuvre, de même que le choix de l'illustration musicale.
Sur ce dernier point, Bronkhorst se signale depuis toujours par une surete de
goût qui témoigne d'un éclectisme naturel : qu'il s'agisse
de chansons de Jacques Brel ou de la reine du SOUL Nina Simone, de la musique
médiévale de Hildegard von Bingen ou des expérimentations
sonores d'Olga Gubaidolina, de la musique pop d'avant-garde de Jimi Hendrix
et de son successeur postmoderne Prince, d'Arvo Part ou d'Erik Satie, ou même
de l'intégrale du REQUIEM de Mozart, a chaque coup elle choisit judicieusement
la musique qui colle idéalement au thème de sa chorégraphie.
Truus bronkhorst elle-même a cesse de danser. Elle n'en pas moins su communiquer
son langage, expressif et pourtant dépouille. Etonnamment, le message
est surtout très bien passe chez les hommes -bien masculins comme Barning
et Nissen, ou plus féminins comme Marc van Loon. Récemment, trois
danseurs noirs ont révèle leur aptitude a reproduire cette expressivité,
fut-ce dans une tonalité sombre : le solide Ian Butler, le frêle
Percy Kruythoff et l'athlétique Jacques Laurent Madiba.
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