Un article d'une livre:La danse aux Pays-Bas et en Flandre aujourd'hui
De Isabella Lanz et Katie Verstockt
Edite par la fondation flamando-neerlandaise.


TRUUS BRONKHORST

Truus Bronkhorst s'est un jour présentée comme " danseuse, d'origine et par passion ".Rien d'exagere a cela, car elle se donne entièrement a la danse et travaille toujours d'instinct. Depuis vingt ans déjà, elle décrit des sentiments et des pensées par des gestes amples et des pas de danse sereins. Elle perpétue, a sa manière a la fois personnelle et bien ancrée dans la présent, la tradition des grands expressionnistes modernes de la danse. Il faut savoir qu'elle a opte pour l'expressionnisme a une époque ou celui-ci était tabou et ou la danse postmoderne connaissait son heure de gloire. Elle démontrait par la même occasion qu'elle n'hésitait pas a fronder et a affirmer sa personnalité. Sa réputation de non-conformiste dans la danse reste entièrement justifiée aujourd'hui.

Très tôt, Bronkhorst a pu faire connaissance avec une forme de danse moderne qui l'accrochait. Koert Stuyf lui a enseigne la recherche de l'essentiel dans le mouvement, Edinoff la magie de la prestation sur scène. Elle a ensuite appris chez Dansproductie le métier de danseuse et de chorégraphe Au début des années 80, elle exerce son art dans les cercles bohèmes des squatters et dans la vie nocturne des illégaux que Joost Zwagerman décrit dans son roman GIMMICK. Elle abandonne ses peu avouables performances pour les tréteaux du SHAFFY THEATER. Le metteur en scène Rob Malasch la met sur la voie des représentations en solo. Elle crée personnellement une série remarquée : après TRUUS BRONKHORST IN CONCERT et TRUUS BRONKHORST DANST BRONKHORST TRUUS, elle effectue sa véritable percée avec LOOD (Plomb), qui sera suivi de GOUD (Or) et BLOED (Sang). Dans ces pièces, elle apparaît sous les traits d'une énigmatique mystique et d'une geisha orientale, d'une reine et d'une heroique prostituée, d'un chevalier et d'un bouffon. Le tout en utilisant des accessoires simples qui deviendront des constantes de sa symbolique : un ballon noir symbolisant le poids de l'existence qui se soustrait cependant a la pesanteur, un fusil comme instrument macho, des plumes de paon en guise d'emblème de la séduction féminine, un miroir servant a la fois d'accessoire du ballet et de symbole de l'introspection. La panoplie est complétée par les tons de noir, rouge et blanc et par les poses du Christ en croix, de la descente de croix et de la pietà.

Les soli exposent l'amour, la souffrance, les désirs inassouvis, la solitude, la mort. Bien qu'elle les aborde explicitement dans sa perspective de femme, elle sait donner a sa représentation de ces thèmes une portee universelle. Ces graves questions existentielles l'amènent a friser le pathos, mais l'ironie prend le dessus : en regard d'une émotion profonde, l'artiste réussit a ménager un espace a une franche hilarité. Et les caractéristiques de son style resteront une ample gestuelle mélodramatique et un parti pris de provocation.

Elle s'est imposée d'amblée par sa grande présence sur scène. Très démonstrative. Elle entraîne irrésistiblement les spectateurs. Mais ses mouvements classiques sobres, poses clairement dans l'espace de façon repetee, confèrent a ses évolutions une aura de beauté pure. Un minutage sans faille et la clarté limpide des transitions ajoutant encore a l'enchantement. Elle fera davantage encore apprécier son talent avec ses compositions pour groupe, dans lesquelles Marien Jongewaard sera de plus en plus implique. L'apport de ce dernier est déjà manifeste dans ZWARTE BLOESEM (fleur noire), ou la danseuse, qui a alors quarante ans, est encadrée de trois jeunes hommes noirs. Ce trio exécute ,sur fond d'étoiles et de rayures noires, un jeu hardi opposant Blanc et Noir, age mur et jeunesse, femme et homme. La subtilité de l'intention sexuelle sous-jacente s'y double d'un commentaire politique, explicite celui-la, avec les braillements de Mussolini et le pamphlet d'Archie Shepp sur la notes de jazz de MAMA ROSE.Cette prise de position contre l'inégalité entre hommes et femmes, riches et pauvres, Noirs et Blancs et contre le cote superficiel et la prétendue supériorité de la société occidentale va jouer un rôle plus important encore dans les pièces pour groupe qu'elle réalise ensuite et ou Jongewaard va être coscénariste et dramaturge. WONDERFUL WORLD, GOODBYE BODY et TRUUS BRONKHORST,MARIEN JONGEWAARD …AND FRIENDS sont des créations cyniques par le ton et austères par la forme. Elles provoquent aussi un choc frontal en mettant l'accent sur la brutalité physique de l'affrontement des hommes entre eux, comme le montre par exemple un duo dans lequel Jean- Louis Barning et Jakob Nissen se rouent mutuellement de coups. Rétrospectivement, on voit que cette trilogie avec le volet des hommes
1,2,1234 annonçait THE FALL, SOUL et MONGOOLSE DANSEN (danses mongoles).

Dans ces dernières pièces pour groupe, Bronkhorst et Jongewaard rétablissent l'équilibre entre le beau et le dramatique. Le comportement masculin est expose de manière deliberement exagérée dans tout ce qu'il comporte de bravoure, de susceptibilité, de vanité, de tendresse avec un zeste d'érotisme homo. Ces pièces pourraient tout aussi bien illustrer la révolte contre les foyers de violence existant dans le monde. Ce qui surprend, c'est la place considérable qu'y occupe la danse pure. Les parties longues tirent leur force de la répétition de figures et de compositions de groupe qui portent l'empreinte du classicisme clair d'un Hans van Manen.

La simplicité scénographique demeure une caractéristique essentielle de toute l'œuvre, de même que le choix de l'illustration musicale. Sur ce dernier point, Bronkhorst se signale depuis toujours par une surete de goût qui témoigne d'un éclectisme naturel : qu'il s'agisse de chansons de Jacques Brel ou de la reine du SOUL Nina Simone, de la musique médiévale de Hildegard von Bingen ou des expérimentations sonores d'Olga Gubaidolina, de la musique pop d'avant-garde de Jimi Hendrix et de son successeur postmoderne Prince, d'Arvo Part ou d'Erik Satie, ou même de l'intégrale du REQUIEM de Mozart, a chaque coup elle choisit judicieusement la musique qui colle idéalement au thème de sa chorégraphie.

Truus bronkhorst elle-même a cesse de danser. Elle n'en pas moins su communiquer son langage, expressif et pourtant dépouille. Etonnamment, le message est surtout très bien passe chez les hommes -bien masculins comme Barning et Nissen, ou plus féminins comme Marc van Loon. Récemment, trois danseurs noirs ont révèle leur aptitude a reproduire cette expressivité, fut-ce dans une tonalité sombre : le solide Ian Butler, le frêle Percy Kruythoff et l'athlétique Jacques Laurent Madiba.


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